Ainaa est prof en école publique en Malaisie. Elle partage avec nous son quotidien d’enseignante, ses techniques de classe mais également son parcours et les spécificités locales. Un grand merci à elle pour ce témoignage passionnant !

Q1. Tu peux nous présenter l’école où tu travailles ?

Je suis actuellement à Sekolah Menengah Sains Tapah, à Perak, en Malaisie. C’est un internat qui regroupe des élèves sélectionnés sur leurs résultats (un internat d’excellence). Il y a environ 726 élèves dans cette école. En Malaisie, le français est enseigné comme langue étrangère dans certains internats et externats sélectionnés. Chaque école sélectionnée a un professeur de français.

Q2. Comment as-tu choisi de devenir prof de français ? Tu peux nous parler un peu des études que tu as faites ?

Après avoir fini mon école à l’âge de 17 ans, j’ai obtenu 2 bourses pour continuer mes études à l’étranger : l’enseignement et l’ingénierie. À ce moment-là, je ne savais pas quelle voie choisir. Mais j’avais envie de transmettre cette belle langue aux jeunes Malaisiens, et de leur donner une valeur en plus à connaitre la richesse de la diversité culturelle dans le monde. Et ce même si cette langue est très éloignée de la langue malaisienne et que, avant, cette langue n’était pas beaucoup présentée dans ce pays. Mais maintenant, de plus en plus de personnes peuvent parler français dans le domaine du travail (commerce, tourisme, culinaire etc..). Donc, j’ai finalement choisi de suivre des études en FLE à l’université de Franche Comté, à Besançon.

J’ai ensuite obtenu ma licence en Sciences du langage, information et communication. C’est un programme en collaboration avec le Ministère de l’Education Malaisienne et L’UFC. Ce programme dure 6 ans pour former des professeurs dans la langue française en Malaisie. Il y a 2 ans de classe préparatoire à l’issue desquels on doit obtenir le niveau B2, puis nous partons 3 ans en France. Au retour, nous avons encore 1 an de formation avant d’être postés dans une école. Avant, je n’étais pas sûre d’aimer enseigner, mais maintenant j’adore !

Q3. Quelle est la place du français dans ton école ?

La langue française est enseignée à mon école depuis 2013. Au début, l’apprentissage du français s’est avéré très difficile parce que j’étais toute seule et il n’y avait aucun livre, manuel, support ou ressource. J’ai donc dû chercher des livres, une salle et effectuer un programme pour toute l’année. De plus, ce n’est qu’une des langues étrangères apprises dans cette école en plus de l’arabe et du japonais. Ici, les élèves ont le droit de choisir une langue étrangère à apprendre. Après avoir établi la langue française au bout d’une année à mon école, j’ai proposé à mon directeur d’ouvrir un club de français, afin d’organiser plus d’activités culturelles entre les membres concernant cette langue. Heureusement, chaque année le nombre d’élèves choisissant le français augmente. En ce moment, on y compte environ 239 élèves qui apprennent le français. Cette langue est devenue la langue étrangère la plus choisie parmi les élèves.

Q4. Tu fais souvent participer tes classes à des concours, des projets. Comment est-ce que tu intègres cela à tes cours ?

Mes élèves adorent les concours ! Et en tant que professeur, c’est ma responsabilité de les encourager. J’ai fait intégrer et utiliser des petits concours dans ma classe, car cela permet de rendre le cours plus ludique et intéressant. De plus, cela peut être une occasion pour aborder le français et son contexte culturel. Parfois, nous participons aussi à des concours et activités organisés par l’Ambassade de France en Malaisie. Je trouve cela très enrichissant.

Pour les concours ou les projets réalisés au sein de l’école, après avoir terminé certains thèmes, nous effectuons un petit projet pour faire une sorte de récapitulation, à l’écrit ou à l’oral (petit exposé, ‘gallery walk´, dessin, chanson). Les élèves peuvent donc produire le travail eux-mêmes, en intégrant la langue française. Mais n’oublions pas que chaque projet ou concours a des objectifs à atteindre. Il faut donc que je définisse correctement l’objectif aux élèves. Je dois également bien leur expliquer la consigne et des brèves descriptions sur le projet. De plus, j’encourage toujours mes élèves à faire leur projet en groupe pour être plus efficace et constructif, lors des échanges et idées entre eux. Il ne faut pas les laisser travailler seul.

Q5. Comment fais-tu pour motiver tes élèves ?

En fait, apprendre une autre langue dans un pays multiculturel (en Malaisie, les gens parlent souvent au moins 2 langues couramment) n’est pas si facile surtout quand ce n’est qu’un choix pour les élèves et qu’ils ne montrent parfois pas beaucoup d’intérêt. Mais, en tant que professeur non-natif, je dois faire plus d‘efforts et consacrer plus de temps pour préparer des activités et des cours ludiques. Je dois aussi jouer un rôle en tant que facilitateur et accompagnateur dans ma classe. Je préfère ne pas faire de cours magistral ou le show devant la classe pendant toute la séance, au risque de perdre leur attention. Je leur explique d’abord les consignes, puis les élèves se mettent au travail. Ensuite, comme je l’expliquais dans la question précédente, je favorise toujours l’idée de faire un concours ou un projet pour eux, car cela présente un intérêt important pour la motivation de mes élèves. J’encourage aussi mes élèves à participer aux concours proposés par l’Ambassade de France en Malaisie et par L’Alliance Française pour les motiver. Je rappelle toujours aux élèves l’importance de pouvoir parler d’autres langues pour l’avenir et les besoins dans le domaine du travail plus tard.

Ensuite, je varie toujours les activités : travail avec la musique, petit extrait d’un film, regard un peu sur l’actualité en France, selon le niveau. Cela peut se présenter à l’écrit ou à l’oral. Je les mets également en situation réelle car l’élève est toujours engagé dans une tâche avec des objectifs clairs et des aides adaptées. De cette façon, ils peuvent s’habituer encore plus à la langue française. Parfois, ils font des échanges avec des cartes postales ou des lettres simples, avec des élèves qui apprennent le français dans d’autres établissements. Cela permet de faire des échanges entre eux. Je favorise aussi les interactions entre élèves par des travaux de groupe, en sollicitant la parole de chaque élève pour qu’ils soient à l’aise et puisse communiquer en français de façon simple, même si au début, la plupart appréhende de faire des erreurs. En général, après quelques travaux, les élèves sont plus confiants. En dernier lieu, j’essaie d’utiliser un maximum de ressources en ligne avec internet, consulter des sites du FLE pour chercher des exercices ou matériaux. Les élèves ont la chance aussi de pouvoir travailler ou faire des exercices en ligne avec les corrections instantanées. Voilà ce que je peux partager avec vous.

Note importante aux lecteurs d’Agitox

Seb nous signale qu’il n’a pas lu cet album de Lucky Luke (voir la photo d’Ainaa ci-contre) ! Si quelqu’un d’entre vous souhaite faire une bonne action et combler ce manque inimaginable dans sa culture personnelle, merci de nous contacter et nous ferons suivre ses coordonnées postales. 😉

La rédaction d’Agitox

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