Anneline est enseignante de FLE, formatrice de formateurs, elle intervient dans le master FLE (multimédia et ingénierie pédagogique) de la faculté des humanités de l’université catholique de l’ouest (UCO à Angers). Elle est aussi auteure de méthodes FLE chez Didier et responsable du développement de ressources sur plateforme d’enseignement pour les parcours en autonomie. Elle répond à nos questions.

 

Q1. Qu‘est-ce qui t’a amené dans le FLE ?

Après mon bac S, j’ai voulu m’orienter vers la traduction scientifique. Sauf que… en commençant les études à Angers, j’ai découvert un centre de FLE, le CIDEF, et je suis devenue amie avec des étudiants de divers continents. J’avais déjà eu l’occasion de travailler dans des domaines de l’éducation et de l’animation. Cette voie m’a semblé vraiment nouvelle et, finalement, j’étais clairement motivée pour cette orientation : j’imaginais alors travailler plutôt dans le domaine de l’édition pédagogique, pas forcément l’enseignement… Quelques années plus tard, entre une maîtrise FLE, de l’assistanat, un DESS d’ingénierie pédagogique et quelques expériences d’enseignement à l’étranger, j’étais en poste d’enseignante et conceptrice de ressources multimédia. J’avais aussi pu conforter mon orientation vers la pédagogie en travaillant dans le marketing : finalement, le monde de l’entreprise n’était pas fait pour moi, ou le contraire !

Q2. C‘est pas souvent qu’on a l‘occasion d’interviewer une auteure de méthode, tu pourrais nous parler de cette expérience ?

Auteur, c’est une expérience riche, déstabilisante, exigeante, et passionnante : en classe, on connaît notre public, on anime, on remédie, on se trompe, on tente… pour l’édition, on doit tenir compte de plusieurs dizaines ou centaines de contextes, que l’on ne connaît pas, et penser à des classes que l’on n’aura jamais devant soi. On doit se placer du côté de l’aide à l’enseignant, qui reste maître de sa classe. En fait, on doit réfléchir aux services à rendre aux profs au lieu de penser à un groupe précis d’étudiants. On navigue entre contraintes et libertés, entre créativité et structures figées, entre sueurs froides et cris de joie (quand on trouve LE document qui correspond à ce qu’on cherche et qu’il permet une approche originale)… Et puis on apprend à travailler avec une équipe éditoriale, à miser sur la complémentarité des compétences… Ce n’est pas le paradis, c’est exigeant, mais ça change aussi notre façon de voir la classe, on risque le mal de tête permanent après, car on se pose 10 fois plus de questions qu’avant pour la moindre activité en préparant ses cours ! Bref : épuisant mais passionnant.

Q3. Tu attaches beaucoup d‘importance aux stratégies d’apprentissage, tu aurais des conseils à donner aux profs pour faire travailler ces stratégies ?

C’est une grande préoccupation pour moi, d’autant plus que je travaille avec des adultes : les habitus d’apprentissages sont déjà en place, et c’est pour ça qu’il y a beaucoup de possibilités de travail aussi. Un enseignant qui s’y intéresse peut partir d’une carte mentale sur “comment j’apprends”, d’un point de vue personnel : comment j’apprends le lexique ? comment je fais pour travailler un point de grammaire ou de phonétique ? Lister objectivement les techniques que j’utilise, et y ajouter d’autres techniques que j’imagine pouvoir exister. Se poser la question à soi-même, c’est admettre qu’il y en a d’autres. Après, on peut aller voir sur des sites spécialisés en métacognition pour trouver d’autres techniques. J’ai la chance de travailler en contexte multiculturel, et les habitus d’apprentissage sont naturellement très différents : lorsqu’on réfléchit en groupe, les différences sont flagrantes, et les discussions sont tout de suite intrigantes. Je commence toujours par leur demander comment ils apprennent le lexique, c’est un angle d’attaque très concret, et ils aimeraient tous trouver la technique miracle ! L’essentiel, c’est surtout d’être à l’écoute, d’essayer de comprendre les fonctionnements, de voir ceux qui réussissent à apprendre avec leurs stratégies, et les stratégies qui ne fonctionnent pas, ou qui sont chronophages pour peu de résultat… Observer les étudiants qui reçoivent un sujet de PE est aussi très riche d’enseignement, entre ceux qui écrivent tout au brouillon et ceux qui se lancent et ne se relisent pas, il y a beaucoup de stratégies différentes. En réception orale, il faut qu’ils prennent conscience que les difficultés ne viennent pas uniquement du débit et du lexique. En bref : observer, écouter, et discuter avec les étudiants pour mettre en commun.

Q4. Tu t‘occupes aussi d’apprentissage en autonomie, comment fais-tu pour proposer les bonnes ressources ?

Si seulement j’étais sûre d’y arriver… J’essaie d’avoir une scénarisation des parcours claire et qui peut s’adresser au plus grand nombre, de proposer plusieurs façons d’expliquer, de permettre une progression lente mais où chacun peut se sentir libre d’avancer plus vite, de sauter des étapes. Ensuite, il y a un grand point à ne pas oublier pour l’autonomisation, c’est qu’il ne faut pas que l’apprenant se sente seul : l’autonomie doit laisser la possibilité d’être accompagné, tutoré. Du point de vue des ressources, étant donné le temps nécessaire à la création des activités, il faut penser à la pérennité, donc ne pas avoir des ressources trop datées. On ne sera pas là non plus pour expliquer les éventuels malentendus culturels, donc il faut pouvoir les anticiper, se mettre dans la tête de l’étudiant. Et puis il faut stimuler la motivation, donc jouer sur le côté ludique, les ressources originales, amusantes, intrigantes pour éviter l’ennui. Les courants actuels de classe inversée et de blended learning me semblent très porteurs.

Q5. On a l’impression que tu as déjà fait le tour des métiers du FLE, tu as des projets pour la suite ?

Je suis loin d’avoir fait le tour ! J’avoue que la formation de formateurs, que je fais un peu dans le master FLE, m’intéresse beaucoup. Et comme les stratégies m’intéressent aussi, j’aimerais travailler sur des dispositifs à distance : j’ai une formation d’ingénierie pédagogique qui fait que je m’interroge beaucoup sur le développement des compétences d’enseignement, en particulier en autonomie ou à distance. Toujours au niveau de la formation professionnelle, j’aimerais réfléchir aux possibilités de mutualisation et de collaboration entre enseignants, avec une visée de montée en compétence. On verra, mon poste actuel est déjà suffisamment varié pour être stimulant !

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