Gabrielle Chort que vous connaissez certainement pour son blog GabFLE a participé à la refonte du manuel Alter Ego 4. Elle a bien voulu partager avec nous les coulisses de la création / réédition d’un manuel de FLE. Vu qu’il s’agit d’une toute nouvelle version, on en a profité pour ajouter Alter Ego + 4 au répertoire collaboratif des méthodes (voir le lien ci-dessous) et on attend vos retours et ressources complémentaires avec impatience !

Note : cet entretien n’est en aucun cas commandité par Hachette et la description qui en est faite n’engage que Gabrielle.

Q1. Peux-tu nous présenter un peu ce projet ?

Alter Ego4+ B2 est le fruit d’un projet qui a débuté pour moi en décembre 2013, mais les auteures de la première version, Sylvie Pons et Catherine Dollez, avaient commencé à préparer le travail plusieurs mois auparavant. Il ne s’agit pas d’une réédition mais d’une refonte totale du manuel Alter Ego 4. Presque tout y a changé, tous les documents ont été renouvelés. Globalement, c’est un manuel complètement restructuré, avec une approche différente.

Q2. Comment participe-t-on à la création d‘une méthode ? Est-ce qu’on vient avec son projet et son équipe et on le soumet à l’éditeur ?

Pour participer à la création d’une méthode de langue, c’est, à ma connaissance, le plus souvent l’éditeur qui contacte les auteurs potentiels. Il arrive sûrement que des enseignants avec un projet novateur contactent directement des éditeurs pour leur proposer un manuel mais en ce qui me concerne, j’avais déjà une première expérience avec Agenda 3 et j’avais également participé à la relecture des épreuves de Totem. Donc l’éditrice d’Agenda 3 me connaissait et a suggéré mon nom à l’éditrice qui a pris en charge le projet AE+4.

Après avoir été contacté, on propose généralement un dossier type, et si ce dossier est validé, on entre alors dans le projet. En ce qui me concerne, pour Alter Ego, j’ai été contactée pour travailler sur les pages « Projet » mais on m’a finalement demandé de prendre en charge également les doubles pages « Vie au quotidien » et j’ai réalisé ces pages pour les 8 dossiers du manuel. Une toute petite contribution face à l’ampleur de la tâche, car en tout 8 auteurs se sont partagé le travail. Cela s’explique par la densité du manuel, 8 dossiers très complets, des annexes très pratiques (« Techniques pour…), un précis grammatical, un abécédaire culturel, un lexique thématique, une double page par dossier de préparation au DELF B2…

Q3. Comment les différents profs collaborent-ils entre eux lors de l’élaboration de la méthode ?

Pour cette méthode, on a collaboré principalement par e-mail, donc pas de plateforme de travail collaborative. Des réunions régulières ont lieu pour préciser les grands axes du travail, définir les objectifs et les délais. Les auteurs recherchent des documents puis les soumettent à l’éditrice (Aurélie Mousnier puis Cécile Schwartz) et au directeur du département FLE chez Hachette FLE (François Dupuis). Lorsque les documents sont validés, il convient alors de les didactiser, et de préparer les activités complémentaires.

Q4. Comment la méthode est-elle testée ?

À titre personnel, j’ai testé certaines activités, le dossier 4 et son projet par exemple (« Organiser une exposition sur l’évolution de sa ville ») avec deux classes. Ce ne sont pas les enseignants qui sont chargés par l’éditeur de tester les séquences, mais c’est pour l’auteur(e) toujours intéressant de le faire quand c’est possible.

Q5. Quels étaient les enjeux et les contraintes de ce projet ?

À l’origine de cette refonte, il y avait tout d’abord un enjeu éditorial de réactualisation, il y avait un besoin de renouvellement des supports. Il y avait également un enjeu pédagogique fort. AE4 avait la réputation d’être (trop) sérieux, dense. Il y avait la volonté de proposer un contenu qui favorise encore plus l’interaction tant au niveau des étudiants qu’entre la classe et le monde extérieur, un manuel plus attrayant, axé sur des tâches et des micro-tâches réalistes, plus actionnel donc. Et il s’agissait bien évidemment de conserver la démarche Alter Ego, c’est donc pour cela que ce sont Catherine Dollez et Sylvie Pons, auteures de la première version, qui ont défini les grandes lignes du projet et mis au point avec les éditeurs le tableau des contenus, base indispensable pour commencer à construire les dossiers.

Les contraintes de temps étaient importantes. Il fallait assister aux réunions au fur et à mesure des besoins, respecter les dates butoirs, des délais pas toujours évidents lorsqu’on enseigne à temps plein à côté. Une contrainte de rythme donc à respecter pour ne pas bloquer la progression des autres auteurs.

Il y a aussi une contrainte que l’on découvre très vite, c’est la contrainte de «page». On ne travaille pas sur un manuel comme on travaille avec nos étudiants, on ne dispose pas de la même flexibilité et l’on doit sélectionner des documents qui s’adapteront au format du manuel. Il faut tenir compte des tableaux de contenus et d’objectifs qui doivent aussi trouver leur place. On est amené à couper des lignes, rogner un texte pour respecter ces contraintes. C’est frustrant au début puis on fait au mieux, on s’adapte. Et c’est très formateur en définitive.

Q6. Quelles sont les principales différences avec l’ancien AE 4 ?

Pratiquement tout a évolué : l’approche, les contenus et la structure. Le manuel est résolument orienté vers une approche actionnelle : il propose systématiquement des tâches, contextualise la grammaire et propose des contenus plus attrayants, tournés vers le monde extérieur avec des projets à réaliser. Par exemple, il y a les pages La vie au quotidien sur lesquelles j’ai travaillé. Elles proposent des documents écrits et audio ainsi que des tâches réalisables au quotidien. Il y a également les pages Point de vue sur qui sont conçues pour faire interagir les étudiants et comparer des points de vue différents.

Les pages de préparation au Delf B2 sont très bien faites, c’est Roselyne Marty, chargée de projets au CIEP pour le DELF qui s’en est occupée, on a donc l’assurance de préparer les apprenants au DELF B2 tout en associant cette préparation à la thématique du dossier. Bien sûr, Alter Ego + 4 reste un manuel d’approfondissement du français, dont le sérieux, la réputation n’est plus à faire, on retrouve la présence d’extraits de textes littéraires. Mais c’est une exploitation complète qui en est proposée et qui débouche sur des tâches de production orales ou écrites. Certains tableaux d’actes de parole ont pu être ponctuellement repris.

Q7. Peux-tu nous en dire plus sur les pages Projets, axées sur la pédagogie de projet ?

J’ai travaillé sur cette partie. J’ai essayé de proposer des projets qui mettent les étudiants en relation avec l’extérieur, qui les poussent à interagir hors les murs de la classe, avec les autres classes, dans la rue, sur la toile. Par exemple, il y a un projet d’exposition, un autre projet de pétition en ligne et il est possible de modifier les projets en fonction de l’environnement dans lequel on enseigne. Voici un exemple de projet réalisé avec ma classe à Eurocentres (Amboise).

Q8. Des conseils pour son utilisation en classe ?

Alors AE+ 4 est un manuel très riche, il ne faut pas chercher à tout faire, ni à le faire de A à Z, à moins d’avoir 30 heures par semaine, et encore. Il faut sélectionner des activités, des thématiques, laisser des tâches à réaliser en autonomie, par exemple sur les pages S’exercer.

Je conseillerais aussi d’être attentif à l’utilisation des transcriptions, dont on peut vraiment tirer profit, pour faire faire aux apprenants des repérages de lexique, d’occurrences grammaticales, les faire travailler éventuellement sur le rythme du discours parlé, etc. Ne vous arrêtez pas à la taille de la police qui est petite comme souvent dans les manuels mais n’hésitez pas à agrandir, en utilisant le TNI ou en proposant des photocopies grand format.

La densité d’AE+ 4 peut aussi devenir un atout, si l’on décide d’impliquer davantage les apprenants. Si l’on imagine une classe fixe, avec un curriculum basé sur le manuel, alors en amont d’un dossier, on peut demander aux étudiants de sélectionner en fonction de leurs besoins les contenus. Libre à l’enseignant d’expliquer pourquoi tel contenu lui semble indispensable. De même, pour les pages Projets, on peut demander aux étudiants ce qu’ils en pensent, si ce projet les motive, comment ils aimeraient le modifier. C’est une bonne manière de les aider à s’approprier le manuel, et à gagner en autonomie d’apprentissage.

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