Thierry est professeur de FLE (A1-A2) à l’Isfce (Etterbeek-Bruxelles-Belgique) en promotion sociale. Il nous parle de son contexte d’enseignement mais aussi de classe inversée et d’intelligences multiples. Merci à lui pour ce témoignage très riche ! Vous pouvez le retrouver via les liens ci-dessous ou encore sur un de ses blogs pour ses apprenants.

Q1. Tu enseignes à Bruxelles : est-ce un endroit pour travailler que tu conseillerais aux collègues ? Aurais-tu des conseils à leur donner ?

Capitale de la Belgique et de l’Union européenne, Bruxelles est donc une ville très cosmopolite, tout en restant à taille humaine. Le coût de la vie est évidemment moindre qu’à Paris ou à Londres, et il y a bien plus de choses à découvrir ici que les bières et les chocolats. En ce qui concerne les possibilités d’emploi comme enseignant de FLE, elles sont diverses. On peut travailler en « structures classiques » , à savoir écoles du fondamental, primaire, secondaire, supérieur ou universitaire mais aussi comme moi en promotion sociale. On peut également enseigner au sein d’organismes privés ou dans des associations.

Q2. Tu enseignes à des adultes en promotion sociale : de quoi s’agit-il exactement et quelles sont les particularités de ce public ?

La promotion sociale est un niveau d’enseignement qui offre aux adultes, aux parcours souvent très diversifiés, tout un éventail de formations de niveau enseignement secondaire ou supérieur. Le français (une des trois langues officielles de la Belgique) fait bien évidemment partie des choix possibles. Mes cours se déroulent en soirée de 18 à 21 heures. Une unité de formation comprend 120 heures. Une classe compte en moyenne une trentaine d’apprenants.

Je travaille en A1-A2, avec des étudiants de nationalités, d’âges, de professions, de parcours ainsi que de milieux socio-culturels et socio-économiques très différents. Dans le groupe, on trouve aussi bien des jeunes filles polonaises qui travaillent dans le nettoyage, des ouvriers du bâtiment sud-américains, des informaticiens indiens, des membres de différentes organisations européennes, des réfugiés syriens,… Comme vous le voyez, c’est très enrichissant, tant pour les étudiants que pour moi.

Q3. Tu as décidé de créer des blogs pour tes apprenants : pourquoi avoir fait ce choix ?

Comme vous avez pu le constater, mes classes sont vraiment très hétérogènes. Je ne peux pas, par exemple, aborder le vocabulaire spécifique de toutes les professions présentes en classe. J’y passerais un temps fou, et une bonne partie des apprenants décrocheraient, n’étant pas intéressés. Partant de ce constat, j’ai décidé de proposer à mes apprenants un blogue-portail. Les étudiants y trouvent des liens sélectionnés, des exercices, et des vidéos spécifiquement préparés pour eux. C’est un complément très apprécié.

Bien évidemment, choisir et préparer des exercices est chronophage. Mais quand on aime, on ne compte pas…

Q4. Tu as commencé à travailler en classe inversée : quelles sont les raisons qui ont motivé ce choix ?

Depuis toujours, je pratique au maximum la différenciation pédagogique mais le temps utilisé pour la pratique orale est toujours insuffisant. De plus, je veux que l’étudiant soit le plus autonome possible et qu’il soit réellement acteur de son apprentissage. C’est pourquoi, pour libérer du temps en classe, je me suis lancé en pédagogie inversée.

Pratiquement, sur certains points du cours, généralement en grammaire et en conjugaison, les apprenants travaillent la théorie à la maison ainsi que quelques exercices, à l’aide de vidéos, notes,… De retour en classe, on travaille en sous-groupes la matière vue chez eux et ils posent leurs questions. C’est une autre dynamique qui fait appel à la pédagogie du projet, mais aussi à l’apprentissage par les pairs. En agissant de la sorte, la majorité des étudiants peut passer assez rapidement à d’autres activités. Ils travaillent alors d’autres compétences au choix de nouveau en îlots, par paires, ou même individuellement. Ainsi, certains analyseront des textes, d’autres écouteront de nouveaux dialogues, d’autres participeront à une table de conversation, d’autres résoudront une grille de mots croisés, d’autres encore complèteront les paroles lacunaires d’une chanson. Et moi ? Je passe de groupe en groupe et je peux ainsi répondre rapidement à leurs demandes !

Je ne suis qu’un néophyte en classes inversées et mon expérience n’est pas encore très grande, mais je remarque déjà que les étudiants s’impliquent plus, collaborent plus et prennent plus d’initiatives !

Q5. Tu accordes beaucoup d’attention aux intelligences multiples lors de tes cours : pourrais-tu nous en dire davantage ?

La notion d’intelligences multiples a été proposée par H. Gardner (Université de Harvard), en 1983 déjà. Il suggère que chaque individu dispose de plusieurs types d’intelligences, pour lesquels il a naturellement une compétence plus ou moins grande. Mais rien n’est figé ! La ou les formes d’intelligences privilégiées par un étudiant peut varier avec le temps. Face à l’hétérogénéité de nos classes, cette théorie enrichit les pratiques de différenciation. Je prends donc au maximum en compte ces 8 types d’intelligences qui me permettent d’utiliser tout le potentiel des apprenants et d’augmenter leur confiance en eux.

Ainsi, si j’aborde le thème récurrent qu’est l’alimentation, par exemple, je veillerai à leur demander d’expliquer leur plat préféré (intelligence verbo-linguistique), de reconstituer un texte mélangé d’une recette de cuisine (intelligence logico-mathématique), de photographier le contenu de leur frigo et d’indiquer ce que l’on y trouve (intelligence visuo-spatiale), de mimer des situations pour faire deviner des aliments (intelligence kinesthésique), de donner son opinion à la question « Peut-on connaître quelqu’un en analysant le contenu de son frigo ? » (intelligence intrapersonnelle), d’interviewer des collègues sur leurs habitudes alimentaires (intelligence interpersonnelle), d’écouter et fredonner une chanson sur le thème de l’alimentation (intelligence musicale), de classer les aliments d’après différents critères (intelligence naturaliste). Comme vous le voyez c’est à la fois commun et/ou révolutionnaire !

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