On reste en Asie cette semaine encore avec Tiphanie qui nous parle de son expérience en Corée. Elle nous explique également ses motivations derrière la conception de son blog, Bonjour FLE, que vous connaissez sûrement pour ses activités de conversation ludiques et colorées.

Q1. Tiphanie comment en es-tu venue à enseigner en Corée ?

Entre mon Master 1 et mon Master 2, je suis venue 2 mois en Corée, en stage, à l’Alliance Française de Daejeon. Quelques années plus tard, j’ai eu l’opportunité d’y revenir en tant que professeur. La Corée, c’était vraiment du hasard, même si j’avais toujours voulu enseigner en Asie. Mais je ne connaissais rien de la culture ni de la langue. Maintenant, c’est ma deuxième maison. J’enseigne en Corée depuis plus de 5 ans. Cependant, je me prépare a de nouvelles aventures, mais pas pour tout de suite. 🙂

Q2. Tu es restée 5 ans en AF. Peux-tu nous parler un peu des cours et de ton public ?

J’ai travaillé ponctuellement à l’AF d’Utrecht (aux Pays-Bas) et pendant 3 ans, à l’AF de Daejeon. Travailler en Alliance n’est pas toujours facile : il faut beaucoup de flexibilité, accepter de travailler tard et le week-end, de préparer des cours particuliers pour enfants et puis d’enchaîner avec des cours en groupe. Mais j’ai adoré travailler là-bas. Je n’oublierai jamais la gentillesse des étudiants. On dit souvent que le public asiatique est timide et ne parle pas mais j’ai eu une expérience vraiment différente. Bien sur, il y a une hiérarchie sociale pesante qui se fait ressentir en classe les premières heures (respect élève/professeur ou hiérarchie invisible au sein même du groupe). Mais il est tout à fait possible de la faire disparaître avec des jeux, des activités en groupe et en souriant beaucoup !

Q3. Tu enseignes à présent dans un lycée coréen. Quels sont les avantages de l’enseignement en lycée par rapport à celui en AF ?

Professionnellement, c’est très différent. J’enseigne dans un lycée «des langues étrangères », c’est-a-dire que les lycéens se spécialisent dans les langues. Ils sont sélectionnés sur entretien et sur leurs résultats au collège. Ils étudient tous l’anglais et puis choisissent une deuxième langue (chinois, japonais, espagnol, allemand ou français). Le département de français est tout jeune. Je commence en mars ma deuxième rentrée. Les étudiants ont 8 heures de cours de grammaire avec leur professeur coréen et 8 heures de conversation avec moi. C’est vraiment intense et leur progrès sont assez remarquables. J’ai la chance d’être totalement libre dans la préparation et l’animation de mes cours ainsi que l’évaluation de mes apprenants. Même s’ils sont soumis à beaucoup de stress et de pression sociale, ils restent toujours souriants et aiment parler français. Je suis vraiment très chanceuse et enseigner est un vrai plaisir. Personnellement, je profite à présent d’horaires fixes, de mes week-ends et de congés payés !

Q4. Des conseils pour les profs de FLE qui rêvent d’enseigner en Corée ?

Pour enseigner en Corée, il y a trois options principales : les AF, les universités et les lycées comme le mien (mais il y en a peu). Il est également possible de trouver des écoles privées (hagwon) mais principalement en grande ville (Seoul, Busan). Dans mon expérience, le recrutement en Corée se fait principalement par recommandation et par bouche à oreille. Il y a des postes mais les responsables coréens demandent autour d’eux ou passent par leur réseau de connaissances (autres professeurs/Français sur place) et n’utilisent que très peu les sites de FLE. Ils préféreront quelqu’un déjà en Corée même si cette personne n’a pas de parcours FLE plutôt que de faire venir un professeur de France (mais pas toujours). Ne pas hésiter donc à envoyer son CV pour se faire connaître et faire partie de ce réseau pour être au courant des postes vacants.

Q5. Tu as créé le blog Bonjour Fle. Comment est né ce projet ?

Mon blog est assez récent mais j’avais toujours eu envie de partager mon travail. J’ai été un peu poussée par d’autres professeurs qui appréciaient mon travail. Je suis de nature assez discrète alors j’ai eu beaucoup de mal à commencer. Maintenant, j’essaie de le mettre à jour régulièrement et je suis toujours ravie d’avoir des retours d’enseignants qui ont utilisé mes activités. J’adore enseigner mais la conception pédagogique, c’est ce que je préfère dans ce métier. J’ai la chance d’avoir le temps et la liberté de créer énormément d’activités.

Q6. Je crois savoir que tu as plus d’un projet dans ton sac. Veux-tu passer un appel à collaboration ?

Quand je vais en librairie rayon FLE, je vois toujours énormément de livres de grammaire ou de DELF. J’ai l’impression qu’en France, on est un peu en retard sur les publications en anglais langue étrangère qui regorgent d’activités et de jeux pour parler en classe de langue. Je ne trouve que très peu d’ouvrages sur la production orale ou alors ils ne sont pas adaptés à mon public (adolescent). Alors mon projet, c’est de regrouper toutes mes activités en un livre avec une idée très simple : une activité sur une feuille A4 à distribuer à ses apprenants pour qu’ils se parlent entre eux en français, qu’ils s’amusent et qu’ils voient qu’ils sont capables de communiquer sans avoir une grammaire parfaite et sans connaître par cœur tout le dictionnaire. Je ne pense pas que ce soit révolutionnaire mais j’ai l’impression que cela correspond à un besoin pour certains professeurs. Mais c’est beaucoup de travail. Je teste toutes mes activités avec mes apprenants qui sont mes cobayes sans le savoir. Avoir des retours sur mon travail m’aide vraiment à modifier et améliorer ce que je fais.

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