Une approche moins linguistique pour enseigner à des débutants?

0
JeanneG 52 Rep.

Bonjour,

Je suis prof de FLE depuis peu et je me heurte à une difficulté; la grande majorité de mes apprenants ne possèdent pas de connaissances basiques en linguistique. Ils ignorent ce qu’est un verbe, un sujet et un complément. Ils ne comprennent pas le mot “conjuguer”…

J’aimerais donc savoir comment vous faites avec vos classes de débutants;

  • Introduisez-vous les notions de “sujet”, “verbe” et “complément”?
  • Si oui, de quelle manière?
  • Si non, comment vous y prenez-vous?

 

J’attends vos réponses avec impatience!

Jeanne (fraichement diplômée!)

BrunoM a répondu
3
Adeline Jerome 128 Rep.

Tu es dans quel pays? Tu enseignes à quel type de public et à quel niveau? Pour ma part je prends comme référence la langue maternelle mais j’évite au maximum l’utilisation du métalangage (tout dépendamment du niveau bien sûr).

Adeline Jerome a commenté la réponse
2
BrunoM 336 Rep.

J’ai aussi tendance à chercher des termes qui, me semble-t-il, sont plus explicites.

Par exemple, concernant la conjugaison, j’appelle :
Le plus-que-parfait, le passé du passé.
Le conditionnel passé, le passé du trop tard (si j’avais su, je ne serais pas venu…).
Les verbes pronominaux, les verbes en me/te/se.

Ça marche plutôt bien, sauf que des qu’on approche un livre ou un exercice déjà fait, on retrouve les termes classiques.

Si vous avez d’autres appellations, je suis preneur !

JeanneG a commenté la réponse
1
camussi-ni 16 Rep.

Ce n’est pas facile d’enseigner sans métalangage quand on a été formé avec du métalangage. En gros, l’idée est de partir d’énoncés connus par les apprenants et de leur permettre de comparer, de déduire des fonctionnements identiques ou différents. Tout le travail consiste alors à construire un corpus d’énoncés observable, par exemple, en utilisant des énoncés où un seul élément varie. Selon les cas, on peut choisir ensuite de nommer les notions utilisées ensuite, quand elles sont comprises ou continuer à fonctionner de façon purement inductive. Dans ce cas, les élèves construiront leur grammaire sans grammaire, par contre, l’enseignant lui aura besoin de sa grammaire pour anticiper l’apprentissage.

JeanneG a commenté la réponse
1
Fred - FLQ 617 Rep.

Bonjour Jeanne !

Je suis vraiment navré de te répondre si tardivement… -_- J’avais beaucoup à faire et je souhaitais te donner une réponse assez détaillée. Heureusement, Camussi-ni et Adeline étaient là pour te répondre ! Je rejoins la réponse de Camussi-ni donc je vais essayer de te détailler un peu plus comment cela se passe concrètement pour un premier cours par exemple. Cela pourra peut-être du coup donner aussi des idées à Noorvensen qui vient de poser une question qui rejoint en partie la tienne. 😉

Comme base, je reprends ce que tu m’as demandé dans notre premier échange : “Alors comment fais-tu pour les amener à se présenter en quelques phrases par exemple, ou à présenter leur voisin?

Premier cours : essayer de faire se présenter des débutants complets sans utiliser de métalangage ni la langue des apprenants

L’idée générale ici est de partir de l’oral pour aller vers l’écrit, de partir d’énoncés les plus courts possibles et de les enrichir au fur et à mesure via des variations de lexique puis en allant petit à petit vers des énoncés plus complexes.

Étape 1 : “Bonjour !”

Généralement, avant quoi que ce soit (à part un grand sourire en rentrant en classe 😉 ), je fais lever les apprenants et je leur demande de pousser chaises et tables vers les murs pour qu’on ait un peu d’espace (avec des gestes principalement). Cela paraît anodin mais le petit effort physique nécessaire permet de diminuer en partie un éventuel stress et la promiscuité créée par le mouvement est un brise-glace en soi. Une fois l’espace créé :

1. Je dis “Bonjour !” deux ou trois fois à la classe entière (parfois certains répondent, parfois non, ce n’est pas grave) ;

2. Je me déplace et je vais dire à nouveau “Bonjour !” mais cette fois-ci face à un apprenant pour bien montrer que je m’adresse à lui. Si l’apprenant me dit “Bonjour !”, je montre un air satisfait, puis je renouvelle l’opération avec quelques autres apprenants. Si l’apprenant bloque, je le rassure, lui montre que ce n’est pas grave, vais faire l’échange avec un autre apprenant, puis reviens tout de suite vers l’apprenant qui avait bloqué pour le refaire avec lui. En général, à la deuxième fois, ça passe comme une lettre à la poste et l’apprenant est super content d’avoir réussi : ne jamais rester sur un échec, toujours s’arrêter sur un point positif. 😀

3. Je désigne avec la main (ouverte de préférence, pas avec le doigt qui peut être menaçant selon les cultures) un apprenant puis un autre en leur faisant signe de reproduire le mini-dialogue qu’ils ont vu entre moi et d’autres apprenants. Répéter avec quelques “paires” d’apprenants, le tout toujours devant la classe pour multiplier l’exposition à cet échange.

4. Je fais signe aux apprenants (toujours debout), de se balader dans la classe et de dire “Bonjour !” au maximum d’autres personnes. J’en profite pour circuler, repérer les plus à l’aise et les moins rassurés, dire quelques “Bonjour !” de plus, aider et surtout rassurer en acceptant presque toutes les prononciations même très approximatives.

5. J’arrête les échanges et je me repositionne de manière à pouvoir faire face à la classe. Je répète encore “Bonjour !” de manière à ce que tout le monde répète ensemble et j’écris tout de suite le mot “Bonjour” au tableau. Je leur demande “Ça se prononce comment ?” en français. Ce n’est pas grave s’ils ne comprennent pas : du moment que l’on montre le mot au tableau, une bonne partie de la classe va “naturellement” dire “Bonjour”. Je demande alors à quelques apprenants encore “Ça se prononce comment ?” (l’idée est de répéter cette question fréquemment et à chaque cours).

6. Je cache ensuite la fin du mot et montre seulement “bon” et je demande comment ça se prononce : à la classe, puis à quelques apprenants. J’isole enfin le “on” et je demande encore à la classe puis à quelques apprenants comment ça se prononce.

7. Je fais de même avec “jour” puis “ou”. “on” et “ou” seront désormais revus à chaque début de cours.

8. Une fois ce point “phonétique” fait, je demande à nouveau aux apprenants de se dire “Bonjour” par 2 ou 3 en prononçant au mieux. Je circule dans la classe pour écouter, aider et gérer les groupes. Cette étape n’est pas forcément pertinente avec “Bonjour” car il n’y a qu’un seul mot et elle peut donc paraître redondante. Il faut donc bien la présenter comme ce qu’elle est : un nouvel entraînement avec cette fois-ci une prononciation plus maitrisée ou tout du moins plus “consciente”.

9. Pour “Bonjour”, je m’arrête souvent là mais on peut envisager à partir d’ici d’exposer les apprenants à un document authentique ou semi-authentique qui reprend l’énoncé vu ; faire des activités de compréhension orale et écrite ; des activités de ré-emploi ;… Les points précédents sont plus de l’exposition, de la conceptualisation (sans métalangage donc) et de la systématisation. Je te laisse développer la suite.

Étape 2 : “Bonjour ! Je m’appelle Frédéric !”

Je reprends ici les points 1 à 8 ci-dessus mais en ajoutant “Je m’appelle Frédéric !”. Je prévois souvent une étiquette avec mon prénom à me coller sur la poitrine pour qu’ils comprennent que c’est mon nom. J’insiste en priorité sur le “Je m’appelle~” et je leur fais utiliser avec le “Bonjour !” petit à petit (ou très vite selon les classes).

Pour la partie prononciation, ils découvrent donc le “je” et le “elle”.

Vu que jusqu’à présent je n’ai fait que parler français et que les apprenants ont bien vu qu’ils pouvaient communiquer sans explications grammaticales avec le “bonjour”, j’ai rarement des questions sur la structure du “je m’appelle”. Si question il y a, pendant la classe ou à la sortie, je leur explique dans leur langue ou en anglais par exemple que c’est une structure complexe que l’on verra en détails un peu plus tard.

Pour te donner une idée de la suite possible, on pourra avoir par exemple :

Étape 3 : “Bonjour ! Je m’appelle Frédéric ! Et toi ?”

Étape 4 : “Je suis français. Et toi ?”

Ici, travailler des variations avec les nationalités. Pour tout ce qui est variation lexicale, j’utilise des illustrations pour éviter d’utiliser une autre langue que le français tout en s’assurant une bonne compréhension.

Etc. etc. etc.

Voilà, j’espère que tu vois un peu où ça mène et que ça t’aidera. Comme le disait Camussi-ni, le tout est de construire un corpus d’énoncés observables, par exemple, en utilisant des énoncés où un seul élément varie. À toi de voir selon ton public, à quelle vitesse tu peux aller, quels éléments introduire et dans quel ordre,…

Il ne s’agit en tous cas pas d’une méthode “universelle” : à toi de la mettre à ta sauce et, surtout, à celle de tes apprenants. Et n’hésite pas si tu n’es pas d’accord avec certains points à le faire savoir ici, ce sera très intéressant d’en discuter. 😉

Fred - FLQ a commenté la réponse
1
BrunoM 336 Rep.

Toujours en attendant de trouver des infos plus précises (ou d’en donner moi-même), je vous renvoie vers cette page, écrite collectivement, de retours, suite à une réunion du Collectif FLE Lyon sur l’approche Gattegno :
https://collectifflelyon.wordpress.com/2016/03/17/retours-sur-la-reunion-autour-de-lapproche-gattegno/

Vous trouverez notamment dans le commentaire de Noël des informations et des liens sur cette pédagogie.

Nous n’avions pas utilisé les réglettes lors de cette “démo”, mais ce sera déjà un premier pas vers cette autre manière d’approcher la langue.

BrunoM a répondu
×

Se connecter

Abonnement

Autres questions récentes

Les thèmes de discussion

Faire une recherche